J.M ROUILLAN. Chroniques carcérales

18/04/2005

…Dans les corridors de l’administration pénitentiaire, la mode est au western mâtiné CRS : costumes noirs, cagoules, rangers cloutés, gants matelassés, fusils à pompes, balles anti-émeutes… Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la détention en garde à vue illimitée. L’air du temps est du bleu des gyrophares.

Nos matons ont toujours rêvé de ressembler à des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d’effectifs pour accomplir les tâches de réinsertion sociale des prisonniers sonne faux et s’accorde de nos jours à la tartuferie pénitentiaire. Les hommes et les femmes de base réclament des rangers cloutés, une noire matraque, une paire de menottes et un fusil à pompe. Perben leur a offert toute la panoplie ! Les prisons ressemblent de plus en plus à des commissariats. Ces deux dernières années, nous avons été les témoins de ce changement de cap. Avec la détérioration accélérée des conditions de détention, nous allons vers une simple garde à vue ad vitam et cetera, comme c’est déjà le cas dans les prisons de quelques États du Sud américain. Tout débuta dans la farce. Après s’être battus pour un régime de retraite identique à celui de la police – ce qui est juste en soi -, deux syndicats majoritaires ont obtenu le droit pour les fonctionnaires d’arborer des galons de CRS et d’abandonner ainsi les signes distinctifs de l’engeance carcérale.

Puis très vite les choses tournèrent à l’aigre avec la création des ERIS (Équipes régionales d’intervention et de sécurité), pâles copies du RAID et autres GIPN, tous vêtus de noir et masqués de cagoules de moto. Depuis les passages à tabac se multiplient lors d’opérations ciblées et des fouilles à grand spectacle où ils détruisent tout ce qui leur tombe sous les chaussures à clous. Un ancien moniteur de sport de la centrale de Moulins, qui au quotidien jouait les gentils et serrait les mains, tout à la fois un peu complice et un peu malfrat, devint par enchantement l’un des pires bastonneurs des ERIS lyonnais. Anonymat et impunité totale garantis, pourquoi se gênerait-il ? La cohorte débarque le mépris dégobillé avec l’évidente volonté d’humilier. D’ailleurs, en dehors des coups, le seul rapport des encagoulés avec les prisonniers se résume aux strip-teases ponctués d’insultes et de commentaires pendards : « À quatre pattes ! », « Tourne-toi ! », « Couché, mains dans le dos ! »

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